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Suivez le guide

Suivez le guide... de la Mal Coiffée !

Posté le 2 octobre 2017 par Nos guides

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Nous commençons notre passionnante série dans les pas des guides de nos sites culturels avec Farid Sbay ! Animateur du patrimoine saisonnier au Château des ducs de Bourbon (que l’on mentionnera dans cet article sous son surnom de “la Mal Coiffée”) de Moulins dans l’Allier. Suivez le guide !

Comment t’es-tu retrouvé guide de la Mal Coiffée ?
Je suis animateur du patrimoine saisonnier à la Mal Coiffée depuis son ouverture en 1999, l’hiver je suis journaliste-pigiste et aussi réserviste dans la Marine nationale.
La Mal Coiffée c’est une vieille histoire d’amour, presque mon premier amour. Je suis tombé amoureux de cet ancien donjon du château des ducs de Bourbon lorsque j’avais 7 ans. J’étais jeune élève violoniste à l’école de musique qui était rue Diderot à cette époque, et en attendant que mon papa vienne me chercher j’allais flâner au pied de la Mal Coiffée.
Cette fière bâtisse du XIVème siècle m’intriguait, j’ai cherché et lu tout ce que j’ai pu trouver à l’époque à la bibliothèque municipale sur la Mal coiffée comme les bulletins de la Société d’émulation du Bourbonnais et je me rappellerai toujours de mon premier livre sur le sujet “Moulins” d’Henriette Dussourd.
Fin d’année 1998, soit bien plus tard, comme je ne supportais plus de voir la Mal Coiffée éternellement fermée et tomber dans l’oubli, j’ai pris rendez-vous avec le président du Conseil Général de l’Allier de l’époque (la Mal Coiffée est la propriété du Département de l’Allier depuis 1986). Lors de cette rencontre, j’ai été ravi d’apprendre que le Conseil Général prévoyait une ouverture de la Mal Coiffée en juin 1999 et que je ferais partie de l’aventure ! Mon histoire professionnelle avec l’ancienne prison et donjon du château des ducs de Bourbon commençait alors !

Présente-nous la Mal Coiffée !
C’est un concentré de l’histoire de Moulins et du Bourbonnais en un seul bâtiment. Dans la Mal Coiffée, il n’y a pas de blabla ou de tape-à-l’œil avec des meubles, bibelots ou autres dorures pour attirer le badaud. Le château ducal est le témoin de plus de 600 ans d’histoire, ses murs transpirent de multiples récits sur différentes périodes, tous les visiteurs ressortent touchés, qu’ils soient Bourbonnais ou étrangers, elle ne laisse personne indifférent.
En effet, la Mal Coiffée a connu ce que l’homme peut faire de meilleur du temps du faste des ducs de Bourbon lorsqu’elle était le fier donjon de leur immense palais ducal. Mais elle a aussi connu ce que l’homme peut faire de pire, avec ses 200 années de prison et surtout lorsqu’elle était la lugubre et sombre prison militaire allemande sous le joug de la Gestapo et de la Milice durant la Seconde Guerre mondiale.

Comment se déroule une visite du château des ducs de Bourbon ?
En été, la Mal Coiffée est ouverte tous les jours avec un départ de visite guidée toutes les 30 minutes. La visite guidée dure 1H30 et se déroule ainsi : après avoir pris leurs billets au Musée Anne-de-Beaujeu, nous accompagnons les visiteurs jusqu’à la cour de la Mal Coiffée où nous leur présentons le parcours de la visite guidée.
Nous ne visitons pas la Mal Coiffée dans le sens chronologique, c’est à dire du château des ducs de Bourbon en terminant par la prison, car émotionnellement, terminer par les sombres et froids mitards de la Gestapo c’est le meilleur moyen pour mettre le moral à zéro à nos visiteurs et ne pas laisser un excellent souvenir de Moulins et du Bourbonnais…
Donc la visite débute par la partie prison, parloirs, bureau des avocats, cour des punis avec une exposition sur les 200 années de prison et surtout des photos de René Jonard, photographe local, sur la Mal Coiffée datant de septembre 1944. À partir de là, nous descendons dans les sous-sols, pour visiter les petits et grands mitards, lieu de mémoire intact de la Seconde Guerre mondiale dans le département de l’Allier.
Une partie de la visite très importante pour moi, car c’est un témoignage de l’absurdité et de l’horreur de l’homme, c’est un lieu qui transpire la souffrance, un lieu de mémoire surtout en direction des jeunes générations. Car l’histoire se répète et l’être humain oublie vite et refait les mêmes erreurs, et c’est très important que chaque visiteur et surtout les jeunes se rende compte que des horreurs se sont passées ici chez nous dans notre ville, là où ils vivent en paix aujourd’hui, que c’était hier et que des gens qui ont subi ces souffrances vivent encore aujourd’hui. Ne jamais oublier pour mieux avancer, et cela la visite de la Mal Coiffée le permet.
En remontant des mitards, nous nous arrêtons dans l’ancienne cour de promenade des hommes, et ancien corps de logis bâti par Anne de France, pour aborder les fouilles archéologiques et les découvertes importantes grâce au travail minutieux de l’archéologue Sébastien Talour et de la Docteur en histoire et archéologie Célia Condello. Nous terminons ensuite la partie carcérale de la visite en s’arrêtant devant la cellule du condamné à mort. Fin de la partie sombre de la Mal Coiffée et début de la lumière et des fastes des ducs de Bourbon en pénétrant dans le donjon.

Au rez-de-chaussée, nous avons une grande salle aménagée avec maquettes, et différentes reproductions de la Mal Coiffée, du donjon du château des ducs de Bourbon, en passant par le somptueux et majestueux palais du temps d’Anne de France et nous expliquons aussi pourquoi il a disparu, les différentes étapes de l’abandon en passant par l’incendie et les différentes démolitions, etc.
Après cette salle, vient le début de la visite du donjon et de son escalier à vis. Nous visitons le deuxième étage, l’ancienne chambre du duc Louis II de Bourbon, bâtisseur de la Mal Coiffée de 1375 à 1410, avec son ancienne chapelle personnelle. Dans cet étage, nous expliquons aux visiteurs qui étaient les ducs de Bourbon, leur lignée, leur histoire, leurs traces, leurs possessions jusqu’à leur disparition et leur retour au pouvoir avec Henri IV premier Bourbon roi de France.
Après direction le troisième étage, avec visite de deux anciennes chambres du château (et deux anciennes cellules jusqu’en 1983) modeste exposition temporaire sur la vie au temps des ducs de Bourbon et une visite des anciennes latrines avec une vue implacable sur notre voisine la cathédrale.
Après le troisième étage direction la courtine au sommet de la Mal Coiffée, avec la plus belle vue sur Moulins et une vue imprenable sur le quartier historique, le pont Régemortes, la rivière Allier et lorsque le ciel est dégagé la Montagne bourbonnaise et le Puy-de-Dôme. La cerise sur le gâteau de la visite, un bon bol d’air frais pour les visiteurs qui sortent tous leurs smartphones et leurs appareils photos pour immortaliser ce moment au sommet de la capitale du Bourbonnais. Puis c’est le moment de l’interminable descente du donjon, après avoir fait au total 400 marches (aller et retour), les visiteurs terminent la visite par une salle au rez-de-chaussée sur le patrimoine bourbonnais, de quoi donner envie aux touristes de rester chez-nous en prolongeant leur séjour en visitant le triangle des Bourbons (Moulins, Souvigny, Bourbon-l’Archambault) et les autres innombrables musées, châteaux et églises, mais aussi donner ou redonner la fierté aux Bourbonnais de leur riche et beau département de l’Allier.

Quel est ton propre point de vue sur la Mal Coiffée qui explique ton attachement personnel si fort ?
Moulins s’est bâtie autour de son château et de son donjon la Mal Coiffée. La Mal Coiffée est l’âme de notre ville, le témoin en grès de Coulandon de plus de 600 ans d’histoire, elle a tout vu, tout vécu. C’est un bâtiment historique avec une âme, celle des Moulinois. Elle a rayonné avec eux du temps des ducs de Bourbon, lorsque Moulins était la capitale d’un riche et important duché, et même la capitale du royaume sous Anne de France.
Mais la Mal Coiffée a aussi souffert lors de ses 200 années de prison et surtout lorsque la barbarie nazie assistée par la milice de l’État Français a pris possession de ses murs pour en faire une lugubre prison militaire allemande.
La Mal Coiffée est l’âme collective des Moulinois, mais aussi celle des Bourbonnais. On ne peut plus lui tourner le dos, comme ces longues années où la Mal Coiffée était abandonnée. Comme je l’ai dit, personne ne sort indifférent d’une visite du château des ducs de Bourbon, son douloureux passé touche les visiteurs, qu’ils soient locaux ou de passage. De plus les Bourbonnais se réapproprient leur histoire en découvrant le prestige de Moulins et du Bourbonnais du temps des ducs de Bourbon, généralement ils sont fiers et ils bombent le torse en sortant du donjon.

As-tu des anecdotes de visites à nous raconter ?
Il y a eu des célébrités qui ont visité la Mal Coiffée depuis 1999, mais pour moi elles n’ont pas d’importance. Les véritables célébrités, les héros, ce sont les anciens résistants, ceux qui ont connu la Mal Coiffée lorsqu’elle était une prison militaire allemande durant l’Occupation comme Alphonse Rodier.
Une de mes plus belles leçons de vie, une émouvante rencontre qui m’a marqué à jamais. Alphonse Rodier est un résistant bourbonnais qui a connu les mitards de la Mal Coiffée lors de son arrestation par la Gestapo en 1943. Il n’était jamais revenu sur place, jusqu’aux journées du patrimoine en 2013 où il ose revenir dans ce lieu de souffrance. J’ai vu ce monsieur tranquillement patienter dans la longue file d’attente devant l’entrée de la Mal Coiffée, au milieu des visiteurs qui venaient pour les journées du patrimoine. Comme j’ai aperçu cette personne d’un certain âge, et que j’ai surtout vu ses décorations militaires sur sa veste, je suis allé le faire sortir de la file d’attente.
Et c’est en rentrant dans la cour qu’il m’avoue que c’est la première fois qu’il revient ici depuis 1943, année où il a été enfermé dans cette prison militaire allemande. Quel choc, c’était la deuxième fois de ma carrière que cela m’arrivait. Du coup, avec Sébastien Talour archéologue responsable des fouilles dans le château des ducs de Bourbon, nous sommes descendu tous les trois dans son ancien petit mitard, ce lugubre cachot datant de 1777, où il fut enfermé en 1943.
Dans ce sombre escalier qui n’a pas changé depuis l’occupation, les détails de son arrestation, de son séjour ici fusaient de la bouche d’Alphonse Rodier comme pour mieux se délivrer de souvenirs douloureux enfouis en lui. “Je descendais plus vite à l’époque, quand les boches me mettaient des coups de nerfs de bœuf”, me confesse-t-il avec un sourire mais les yeux embués. Et lorsque nous sommes arrivés dans le sous-sol de la Mal Coiffée, face au trois petits mitards, là il reconnait son cachot, le petit mitard tout à gauche. L’émotion l’envahit, en même temps que tous ses souvenirs de la Gestapo qui le tabassait devant son mitard, de jour comme de nuit, et de ces miliciens, ces Français d’extrême-droite qui venaient faire pire que les nazis… Les larmes coulent de ses yeux de résistant de 90 ans, les miennes aussi, celles de Sébastien et tous les trois nous partageons ce moment fort, intense qui restera à jamais gravé dans nos mémoires. Depuis, chaque année Alphonse Rodier revient à la Mal Coiffée lors des cérémonies, il offre aux visiteurs, à mes jeunes collègues guides ses récits de cette période sombre de la Mal Coiffée. À chacune de mes visites, je parle de lui, et de ses autres camarades qui ont lutté et souffert pour que nous soyons libres aujourd’hui. J’explique que c’était hier, que ces horreurs ont eu lieu chez nous ici à Moulins, que demain tout peut recommencer, car malheureusement l’histoire se répète et l’homme refait les mêmes erreurs, les mêmes horreurs… C’est pour cela que la Mal Coiffée, seul lieu de mémoire intact de la Seconde Guerre mondiale dans l’Allier, est un témoin privilégié pour perpétuer le devoir de mémoire envers les jeunes générations pour qu’elles évitent que cette sombre histoire se reproduise encore…

Informations pratiques :

  • Où est la Mal Coiffée ?
    À Moulins dans l’Allier, place de la Déportation.
  • Quand visiter ?
    Du 14/04 au 06/07/2018, visite guidée à 14h30 les mercredis et à 10h les samedis.
    Du 07/07 au 02/09/2018, visite guidée tous les jours de 10h à 12h30 et de 14h à 18h30 du lundi au samedi. Le dimanche de 14h à 18h30.
    Du 03/09 au 31/10/2018, visite guidée à 14h30 les mercredis et à 10h les samedis.
    Renseignements auprès du Musée Anne de Beaujeu.
  • Combien ça coûte ?
    Le billet d’entrée est à 5€ pour les adultes et à 3€ pour les jeunes de 16 à 25 ans. Gratuit pour les moins de 16 ans et les anciens combattants.

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